Ôde au Kale

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Si nous partageons l’article ci dessous, ce n’est pas parce que nous le trouvons pertinent, loin de là, ni même parce que nous défendrons l’honneur du Kale au péril de notre vie, mais parce que ce qui y est dit est selon nous symptomatique d’un problème plus grave qu’il n’y paraît.

L’article en question : https://www.franceculture.fr/emissions/lhumeur-du-matin-par-guillaume-erner/lhumeur-du-jour-emission-du-vendredi-04-octobre-2019

Sans parler du sexisme évident, il met au jour la déconnexion d’une partie non-négligeable de la population des modes de production, de consommation et des réalités agriculturales actuelles. Une ignorance flagrante qui se transforme en arrogance et ça nous agace beaucoup, alors que l’urgence écologique se fait chaque jour un peu plus sentir.

Alors reprenons depuis le début, pourquoi cultivons-nous du Kale?

Le chou Kale, ou chou frisé, est une ancienne variété de chou énormément consommé au moyen âge et qui a été depuis supplanté par d’autres variétés de chou, aux qualités nutritives pourtant nettement moindres, mais nous y reviendrons.

Le chou Kale est l’un des rares légumes à résister à des températures négatives, ce qui le rend très facile à cultiver sans avoir recours à des serres chauffées en hiver. Il est très résistant aux maladies, ce qui le rend très facile à cultiver quand on ne souhaite pas utiliser de produits chimiques nocifs. Il est résistant aux ravageurs ce qui le rend très facile à cultiver quand on ne souhaite pas utiliser d’insecticides. Il est très peu gourmand en eau ce qui le rend très facile à cultiver quand on ne désire pas gaspiller une ressource qui commence à manquer. Ce n’est donc pas sans raisons que le Kale se retrouve souvent dans les rayons des magasins et marchés Bios, et s’il est quasi systématiquement cultivé dans les fermes agroécologiques sur petite surface comme la nôtre. Le chou Kale est le légume bio et local par excellence.

Seulement voilà, Guillaume confond « mode » et « tendance ».

La  tendance actuelle est aux remises en question de nos modes de consommation, de nos modes de production, la tendance est au circuit court, au bio, au légumes de saisons, bref, à la nécessaire prise de conscience écologique, et c’est une excellente chose, n’en déplaise à Guillaume.

La mode, quant à elle, se fout pas mal des nécessités écologiques.
La mode, dans le système qui est le nôtre, est guidées par l’argent.
Dans ce contexte le légume « à la mode » est la tomate, consommées à toutes les sauces, toute l’année. La demande en tomates en occident est telle que la majorité des coulis et sauces tomates que l’on peut trouver en supermarché sont produits en Chine, dans des conditions abominables, autant pour l’humain que pour la vie du sol dont dépend Guillaume pour vivre. (Voir ou lire : l’empire de l’or rouge) Les légumes à la mode ce sont également les courgettes, aux qualités gustatives et nutritives plutôt limitées, consommées à toutes les sauces, toute l’année, alors qu’elles ne poussent qu’en été dans nos climats tempérés. En ce qui concerne les choux, le chou le plus « à la mode » est le chou-fleur. Or le chou-fleur est une tannée à produire en agroécologie. Il prend énormément de place, il est fragile et met beaucoup de temps à se developer. Il nous serait impossible de produire des choux-fleurs en quantité en suivant les principes qui sont les nôtres sans devoir le vendre à prix d’or. Nous sommes en droit de nous demander comment les choux-fleurs que l’on trouve sur les étals sont produits pour être vendus à si bas prix, mais nos suppositions ne sont pas réjouissantes.

Mais malgré tout, le Kale n’est pas « à la mode », en témoigne l’air interdit des personnes qui s’arrêtent devant notre étal sur les marchés. Le chou Kale n’est pas à la mode parce qu’il est nouveau, qu’il évolue hors de nos habitudes alimentaires et que nous n’aimons pas ce que nous ne connaissons pas. Et ce que nous connaissons, c’est la sauce tomates en décembre… et ça craint.

Le chou Kale est à la mode dans un contexte précis, un milieu restreint : celui des citadins aisés qui mangent bio. En Alsace ou en Lorraine, il se mange en potée depuis des siècles, à Liège il est de tradition de le manger à mardi Gras. Le Kale faisait partie de la cuisine campagnarde traditionnelle depuis toujours, quand les gens cultivaient eux-même leurs légumes et connaissaient encore les saisons. S’il est aujourd’hui à la mode chez les citadins aisés comme Guillaume, c’est parce qu’il ne coûte pas cher à produire et qu’il a facilement trouvé sa place dans les magasins bio pour les raisons énoncées plus haut, et puisqu’il trouve sa clientèle, généralement aisée, son prix augmente, capitalisme oblige. C’est aussi simple que ça.

Guillaume illustre parfaitement 3 choses :

– L’arrogance de personnes qui s’imaginent faire un commentaire pertinent sur le monde qui les entoure malgré leur ignorance.
– L’urgente nécessité de renouer avec les réalités agriculturales et de remettre en question nos modes de consommation ET de production.
– La peur ridicule de ce qu’on ne connaît pas. Parce que nos goûts sont le fruit de notre culture et de notre éducation, si Guillaume ne trouve pas le chou Kale bon c’est aussi parce qu’il ne le connaît pas, qu’il n’a pas grandit avec, qu’il ne sait pas le cuisiner. On ne mange généralement pas la tige du Kale, Guillaume, c’est cela qui le rend fibreux 😉

En plus d’être délicieux, le Kale est incroyablement riche en nutriments, c’est une réalité. A l’heure où l’on ne se préoccupe plus beaucoup de l’apport nutritif de ce que l’on ingurgite au profit d’une production toujours plus importante de denrées sans saveurs avec toutes les dérives mortifères que cela implique, Guillaume ferait bien de mieux choisir ses combats.

Ne faites pas comme Guillaume, mangez du Kale 😉

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